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PIERRES ET TERRE 36
L’EAU ET LA MINE
Avec un complément au catalogue des espèces minérales

Ce numéro de Pierres et Terre a pour thème principal celui de l’eau dans l’univers de la mine, qui avait fait l’objet du colloque du Groupe d’Histoire des Mines et de la Métallurgie à L’Alpe d’Huez en 1989.

 

SOMMAIRE

Bernard BOHLY et Gérard PROBST, Le système hydraulique de pompage de la mine Saint-Nicolas à Steinbach (1695-1699)

Pierre FLUCK, Bruno ANCEL et Bernard BOHLY, Les roues hydrauliques dans les mines du Harz du XIVe au XXe siècle

Bruno ANCEL, Pierre FLUCK et Bernard BOHLY, L’économie des eaux motrices dans le Ober Harz

Roger PETIT, L’Erbstollen dans le droit coutumier et dans la législation minière des pays germaniques et alpins de la fin du XIIe siècle à celle du XVIIe siècle

Hélène MORIN-HAMON, La préparation des minerais de fer d’altération

le patouillet, une machine hydraulique à débourber

Denis MORIN, Bernard BOHLY et Michel PY, La laverie du carreau Saint-Georges à Château-Lambert, Haute-Saône

Catherine LAVIER et Georges LAMBERT, Dendrochronologie et mines : l’exemple de Château-Lambert

Jean-Luc HOHL, Compléments au Catalogue des espèces minérales des principaux districts miniers du massif vosgien

Bernard BOHLY et Daniel MARTIN, À propos d’une enclume de forgeron d’époque Renaissance

P&T 36 compr.jpg

Date de publication : juin 1996

151 pages A4

Broché

Nombreuses illustrations en n-b​

Poids : 600 g

Disponible (voir page contact) au prix

de :

10 €

Extrait

Le système hydraulique de pompage de la Mine Saint Nicolas à Steinbach (1695-1699)

 

Bernard BOHLY et Gérard PROBST

    L’étude de l'exhaure, qui peut être défini comme l'ensemble des solutions apportées au problème de l'accumulation des eaux dans les travaux miniers, présente un intérêt tout particulier : en effet l'évolution des techniques d'exhaure a fortement conditionné l'histoire de l'activité minière. Le traçage de galerie d'écoulement (allemand : Erbstolle) à partir du XVème siècle, l'emploi de pompes à bras et surtout de systèmes hydrauliques de pompage (allemand : Wasserkunst) à partir du début du XVIème siècle ont été parmi les facteurs essentiels de 1'essor de l'exploitation minière dans les Vosges à la Renaissance.

 

Le système hydraulique de pompage, composé d'une roue hydraulique animant une ou plusieurs pompes, constitue le moyen le plus élaboré et le plus performant pour assurer l'exhaure dans les travaux profonds, mais son coût de fabrication et d'entretien le réservait aux mines les plus productives. L'exceptionnelle richesse de la documentation, tant iconographique qu'archivistique, relative à plusieurs de ces « machineries » fonctionnant dans le sud des Vosges du XVIème au XVIIème siècles nous a permis de présenter leur structure, de montrer leur diversité et surtout, de suivre l'évolution de certaines d'entre elles. D'une manière générale nous avons constaté la perfection de ces systèmes dès la fin du XVIème siècle au plus tard, expliquant la grande stabilité de leur conception jusqu'au XIXème siècle, époque de I'utilisation de la machine à vapeur comme force motrice. La seule évolution concerne les pompes elles-mêmes, dont les dimensions et donc la puissance s'accroissent au cours du XVième siècle. La qualification des constructeurs se manifeste surtout par l'organisation d'ensemble adaptée à chaque cas particulier et surtout, évoluant en fonction des besoins et des contraintes nouvelles.

L’étude de deux comptes (106 et 25 pages) accompagnés de dessins au crayon et retraçant semaine par semaine pendant près de cinq ans les travaux de reprise de la mine Saint Nicolas à STEINBACH (Haut-Rhin) nous livre une foule de détails sur la mise en place d'un système hydraulique de pompage. Ils vont nous permettre d'évoquer et de quantifier de multiples aspects tels que sa structure, les problèmes posés par son entretien, les coûts de fabrication et de fonctionnement. Les questions délicates de l'origine de la compétence des fabricants et de la spécialisation du personnel affecté à son fonctionnement pourront être abordés. Enfin la confrontation avec les données livrées par la prospection sur le terrain complétera l'image que nous nous faisons de ce système hydraulique de pompage.

Mots-clés : filons, plombo-zincifère, galène, blende, chalcopyrite, barytine, quartz, fluorine, Giromagny, guerre de Trente Ans, plomb d'affinage, maître d'engin, Radestoub, cors de cuivre, roue hydraulique, Zugstanq, train de perches, valtz, terrière, satz, colme, Silberthal, déchargeoir, plattons, chenaux, canal d’amenée, cambouin, zuystanq, horne, houteman, ziurerie…

Extrait

LES ROUES HYDRAULIQUES DANS LES MINES DU HARZ DU XIVe AU XXe SIECLE

Pierre FLUCK, Bruno ANCEL et Bernard BOHLY

    Cette contribution n’apporte pas d'éléments nouveaux à la recherche fondamentale. Elle n’a d’autre prétention que de condenser un aspect attachant de l’histoire des techniques dans une région-phare sans doute insuffisamment connue des  chercheurs français. Elle résulte d’une légère compilation bibliographique assortie d’un voyage d’étude. Pour la terminologie des termes techniques nous ferons usage, dans le développement qui suit, du vocabulaire allemand qui n’a pas toujours d’équivalent français, et permet d’éviter ainsi l’usage de périphrases. 
   La communication de B. ANCEL et al. nous a introduit dans la problématique des systèmes de collection des eaux motrices. Nous évoquerons à présent leur devenir, c’est à dire les diverses utilisations de cette énergie dans l’industrie extractive.

 

1. LES PREOCCUPATIONS PERMANENTES DES MINEURS DU HARZ

 

    Le Harz occidental est un plateau d’altitude modeste (600 m) entaillé de vallées peu échancrées : la dénivellation n’est que de 160 mètres entre Clausthal-Zellerfeld (en position de plateau), le plus gros centre de l’activité minière, et Wildemann où débouchent les premières grandes galeries d’exhaure. Dans un rayon plus éloigné, le Tiefer Georg Stollen (1777-1799) long de 18,5 km a permis de gagner 90 mètres en hauteur d’exhaure, le Ernst August Stollen (1851-1864), long de 26 km dont 14,5 pour le segment  principal, 110 mètres supplémentaires. Cette faiblesse du relief, jointe à l'abondance des précipitations (actuelle-ment 1400 à 1700 mm/an) et à la constance des gîtes en profondeur (les puits atteignent 900 m à 1000 m), tous trois facteurs naturels, expliquent l’acuité des problèmes de l’épuisement des eaux. 

    Cette même importance des gîtes est à l’origine d’un développement considérable des travaux en profondeur, malgré une zonalité verticale de la minéralisation à priori peu favorable : la galène dominante qui apparaît en effet sous les zones enrichies en
argent, est elle-même relayée en profondeur par la blende (cette dernière cependant n’intéressant que les exploitants des XIXe et XXe siècles, on peut considérer la nature comme bien faite à ce titre). Ce développement a son corollaire : l'importance accrue des problèmes d’extraction et de circulation verticale. L'objet de cette contribution est de recenser les solutions apportées à ces questions.

2. LES SOURCES D’ENERGIE

    Les sources d’énergie en usage dans le Harz ont été :

- la force de l’homme (treuils à bras, pompes à bras...),

- le cheval, généralement dans des manèges au jour («Geipel») coiffés d’un toit conique, pour assurer l’extraction, c’est-à-dire la remontée des tonnes pleines ; ces manèges marquèrent jusqu’à la fin du XIXe siècle le paysage minier du Harz,

- l’eau, objet de ce développement,
- le vent : Gottfried Wilhelm Leibnitz, dans les années 1679 à 1685, tenta de l’utiliser pour l’exhaure ou plutôt pour la remontée d’eaux motrices, mais la technologie élaborée n’a jamais été au point ; auparavant (par exemple à la mine Schreibfeder sur le filon de Zellerfeld que nous décrirons plus loin), on utilisa des machines à vent pour les besoins de l’extraction,

- l'électricité, après 1900. 


   À noter que la vapeur ne paraît pas avoir été utilisée, du moins de façon marquante, dans les travaux miniers du Harz, très  certainement du fait que toute cette région minière était équipée d’infrastructures hydrauliques lourdes alors proches de la perfection. Parmi ces sources, l’eau joue le premier rôle. Cette eau, dite motrice, est collectée dans de petits cours d’eau de plateau, acheminée
par un réseau de canaux, stockée dans des étangs. Ces dispositifs, pour complexes qu’ils soient, n’étaient cependant jamais totalement satisfaisants. Aux premiers temps, lorsque les étangs artificiels étaient encore peu nombreux, et que les canaux n’offraient
que peu de tronçons souterrains, il arrivait que le gel bloquât l'ensemble du système, entraînant la paralysie des mines, des bocards et des fonderies. La sécheresse était l’autre écueil. Il arrivait ainsi que l’activité ait été limitée à quelques mois dans l’année.

    Le vecteur presque unique de l'énergie hydraulique est la roue ; le parc de roues des mines ou Harz est considérable : 76 roues souterraines par exemple en 1866. Celles que nous avons eu le loisir d’inventorier (par la bibliographie ou à l’occasion d’un voyage d’étude) sont systématiquement des roues à augets, l’eau étant amenée par le dessus au moyen d’un coursier.

3. LES DIFFERENTS TYPES DE ROUES

    On peut distinguer :
- La roue à augets simples ou Kunstrad. Le diamètre de ces roues est généralement de 6 à 8 metres dans le Harz pour les périodes
anciennes ; il ne dépasse 8 mètres qu’à la fin du XVIIe siècle. Pour le massif de Bohême cependant, Mathesius signale une roue de 6  toises (12 mètres ?) à Joachimstahl en 1564. 
- La roue à augets à sens de rotation réversible ou Kehrrad, dont la couronne est faite de deux moitiés accolées qui diffèrent par le sens d’inclinaison des augets. Le diamètre de telles roues peut atteindre 11 mètres. Elles sont systématiquement couplées à un tambour d'enroulement et à un frein (disque en bois d’environ 3 mètres de diamètre, contre lequel vient s'appliquer une poutre), l’ensemble du dispositif étant appelé baritel à eau. Données techniques de D’Aubuisson pour les roues de Freiberg au début du XIXe siècle : diamètre 6,60 m à 11 m, largeur intérieure des augets 0,43 m à 0,50 m, largeur totale 1,10 m à 1,90 m, diamètre du tambour 1,30 m à 1,60 m. Baritel du puits dit Serenissimorum-Tiefsten-Schacht à Goslar (v. plus loin) : diamètre de la roue 8,64 m,
largeur intérieure des augets 0,58 m, nombre d’augets 80, capacité d’un auget 25 I, diamètre du tambour 2,62 m, sa longueur 1,16 m, débit 45 à 113 [/s. Dans le cas...

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

L'ECONOMIE DES EAUX MOTRICES DANS LE OBER HARZ

Bruno ANCEL (1), Pierre FLUCK (2) & Bernard BOHLY (2)
(1) C.C.S.T.I. - 05120 L’Argentière La Bessée
(2) Fédération Patrimoine Minier - 4 rue Weisgerber 68160 Sainte-Marie-aux-Mines


    Avec 72 étangs et 150 kilomètres de canaux alimentant plus d’une centaines de roues motrices en surface et sous terre, le
système hydraulique du Ober Harz peut être considéré comme l’une des plus spectaculaires applications du génie humain  dans l’art de l’extrac-tion des métaux. Un tel aménagement a été l’un des facteurs du succès et de la notoriété des mines du  Ober Harz durant plus de 3 siècles. Il a profondement marqué le paysage de cette région, et aujourd’hui encore il constitue  une attraction touristique majeure. La présente étude n’a pas d’autre prétention que d’établir une synthèse bibliographique sur les principales caractéristiques techniques et historiques de cet aménagement hydraulique. Elle s’appuie sur les travaux récents de NIETZEL (1983) et WILKE (1988) qui décrivent sommairement les différents systèmes d’étangs et de canaux à partir des données du terrain et sur la base de documents techniques anciens : DUMREICHER (1866), KERL (1823), STELZNER (1788 et 1797). Nous avons également consulté la synthèse géologique et historique de BUSCHENDORF (1971), et surtout analysé les documents iconographiques anciens : DUMREICHER (1866), HERON DE VILLEFOSSE (1810), LINDENMAIER (1680),  anonyme (1673), Adam ILLING (1661), Daniel FLACH (1661) et Zacharias KOCH (1606).

 

1. LES FILONS DU OBER HARZ

 

    Le Harz est un petit massif montagneux à la frontière des deux Allemagnes, partagé entre les régions du Hanovre et du Brunswick, sur la rive droite du Weser. Magnifique chaos de granites dénudés et sauvages, théatre de nombreuses légendes germaniques, ce massif culmine au Broken (1140 m) du côté est, et au Bruchberg (980 m) du côté ouest. Il renferme de nombreux gîtes polymétalliques à plomb, argent et cuivre, notamment à Goslar (mines du Rammelsberg), à Andréasberg et dans la région des villes minières de Clausthal, Zellerfeld, Wildemann, Lautenthal et Grund (complexe filonien du Ober Harz).
    Le Ober Harz présente un champ filonien long de 15 km et large de 12 km qui comprend 9 branches principales de direction moyenne N 100 (fig. 1). Elles sont du Nord vers le Sud : les Lauthenthaler, Hannenkleer et Bockwieser Gangzug aux environs de Lauthenthal : les Spiegelthaler et Haus-Herzberger Gangzug au nord de Wildemann et de Zellerfeld : les spectaculaires Stuffenthaler et Burgstätter Gangzug exploités sur une longueur de 7 km et jusqu’à 900 m de profondeur sous Zellerfeld (fig. 2) ; le Rosenhüfer
Gangzug à l’ouest de Clausthal ; et le Silbernaaler Gangzug près de Grund. Leur minéralisation est principale-ment de la galène
contenant environ 0,05 % d’argent et jusqu’à 4 % d’antimoine. Ces filons affleurent dans une région de plateaux vers 550 à 600 m
d’altitude, entaillés par des vallées peu prononcées. Aussi l’extraction par tirage vertical y a été privilégiée et l’on dénombre près de 300 puits profonds de plusieurs centaines de mètres. Pour faciliter l’exhaure, des galeries de plusieurs kilomètres de longueur ont été
percées à partir des points les plus bas, notamment Wildemann et Grund.


2. LES EXPLOITATIONS MINIERES

 

Les aménagements hydrauliques qui nous intéressent sont situés dans la région de Clausthal, Zellerfeld et Wildemann (filons Stuffenthaler, Burgstätter et Rosenhöfer). Les travaux archéologiques les plus récents y font remonter jusqu’au IIIe s. les débuts de l'exploitation minière laquelle a très certainement concerné la crête des filons. Au XVIe s. l’exploitation semble s’intensifier alors que
les villes minières sont fondées (Wildemann en 1529, Zellerfeld en 1530, Clausthal en 1554). De longues galeries d’exhaure sont
commencées, et certaines d’entre-elles ne seront terminées qu’au XVIIIe s. : la Tiefe Wildemanns Stollen ou 13 Lachter Stollen en 1524, la 16 Lachter Stollen et la Frankenscharner Stollen en 1548, la Obere Wildemänner Stollen ou 19 Lachter Stollen en 1551, la Fursten Stollen en 1554, la Tiefe Raben Stollen en 1573 (ces deux dernières drainent le Rosenhofer Zug). Il peut paraître surprenant de constater que de ces longues galeries, la plus profonde est aussi la plus ancienne. En effet, la 13 Lachter Stollen va drainer jusqu’à la fin du XVIIe s. l’ensemble du filon principal (Stuffenthaler etBurgstätter Gangzug). Elle s’ouvre en aval de Wildemann, vers 380 m d’altitude et semble avoir été creusée en premier lieu pour venir en aide aux travaux les plus anciens et les plus profonds situés en amont de Wildemann.

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

L'ERSTOLLEN DANS LE DROIT COUTUMIER ET DANS LA LEGISLATION MINIERE DES PAYS GERMANIQUES ET ALPINS DE LA FIN DU XIIIe SIECLE A CELLE DU XVIIe SIECLE

Roger PETIT

PAULUS NIAVIS - 1490

L’eau est ce que le mineur exècre le plus.


ABRAHAM VON SCHÖNBERG - 1693
Die Erbstollen - Herz und Schüssel des Gebirges... die dem Bergwerk die meiste Fortsetzung geben... und die schönste Kunst auf dem Bergwerke sind.

(Tradition minière des 16° et 17° siècles)

Les galeries d'écoulement - coeur et clés de la montagne qui donnent à la mine sa plus grande extension... et qui en sont les plus belles machines d’épuisement.


1. Aperçu sommaire des moyens d’exhaure mis en oeuvre par les Anciens.
2. L’Erbstollen - galerie ou travers-banc d’écoulement des eaux. Son rôle, son importance, ses limites.
3. L’Erbstollen dans le droit coutumier et dans la législation minière des pays germaniques et alpins de la fin du 13e siècle à celle du 17e siècle.

4. La législation minière dans les pays alpins et dans les Vosges.
5. Le chant du cygne des Erbstollen.
6. Bergordnungen - Règlements miniers.

 

1.1. Mines antiques étrusques grecques et romaines
    Dès l’Antiquité, les mineurs se trouvèrent confrontés à un problème majeur, celui des venues d’eau et de l’envahissement des travaux miniers par celles-ci.

 

​    De nombreuses exploitations minières riches et prospères durent être abandonnées, les moyens techniques disponibles pour maîtriser ces eaux étaient soit quasi-inexistants, soit insuffisants ou alors trop onéreux pour être mis en oeuvre.

    L’exhaure (évacuation des eaux) devient rapidement l’une des préoccupations majeures des exploitants des mines antiques.

    Les moyens les plus divers furent employés, allant de l’exhaure manuel à l’aide de seaux ou d’outres en cuir portées hors de la mine par une main d’oeuvre nombreuse (mines préhistoriques de Mitterberg, près de Salzbourg en Autriche) ou encore par l’intermédiaire de paniers en alpha imprégnés de poix et rendu ainsi étanches, remontés au jour à l’aide de treuils à main (Carthagène).  Des seaux en cuivre (Italie, Espagne) ou en bois (Portugal) servirent au même usage.

    Plus élaborées, les pompes à bras, vis d’Archimède (Diodore les cite) norias de seaux en cuivre (cités par Vitruve et retrouvés à Sotile Coranada et à Montevecchio) ainsi que les pompes aspirantes et foulantes (citées par Pline l’ Ancien) firent considérablement avancer les techniques d’exhaure de l’époque.

    Les grandes roues élévatrices (Vitruve - Strabon - Pline l’Ancien) utilisées en agriculture furent introduites très tôt dans certains centres miniers antiques d’Espagne, d’Angleterre et de Dacie.

    Le diamètre des roues retrouvées - une bonne centaine - dans d’anciennes mines varie de 3 à 4,5 m, exceptionnellement 6 m.

    Les roues en bois, mises en mouvement par des ouvriers, poussant ou tirant les rayons reliant, de chaque côté, la roue à son axe, puisaient, par l'intermédiaire d’une double rangée de pales fixées sur toute la périphérie de la roue, les eaux collectées dans une fosse aménagée à leur partie inférieure. Les eaux étaient ainsi remontées et déversées à la partie supérieure de la roue, dans une conduite qui les acheminait vers la fosse de la roue suivante.

    La hauteur dont les eaux étaient élevées variait entre les 2/3 et 4/5 du diamètre de la roue.

    Pour remonter les eaux de 75 m (Ruda) 25 roues superposées étaient actionnées par des centaines d’ouvriers.

    Tout cela était insuffisant pour dénoyer certaines grandes exploitations minières, malgré les sommes importantes englouties dans l’opération.  

    Il fallait trouver d’autres solutions.

    Les anciens Etrusques, ainsi que les Grecs, ne semblent pas avoir eu recours aux galeries d’écoulement des eaux, ne connaissant ou ne maîtrisant pas cette technique.

    Certains essais faits par les Etrusques échouèrent et ils préférèrent développer leurs exploitations en largeur, sur de grandes surfaces, (Monte Catini - Monte Castelli) étant limités par les eaux en profondeur. Une partie importante des gisements fût ainsi abandonnée.

    Les Grecs, pour leur part, ne descendirent jamais, dans leurs mines du Laurion, plus bas que le niveau de la mer.
    Les mines de Siphnos, elles aussi riches et prospères, furent abandonnées, noyées par les eaux de mer.

    Dans les mines romaines, si on continuait à exploiter les gisements peu importants jusqu’au niveau de la nappe phréatique ; certaines galeries remplissant déjà les fonctions des futurs Erbstollen : drainage des eaux, amélioration de l’aérage, exploration des terrains avec recherche de gisements (et même exploitation de ceux-ci) seront tracées vers les sites miniers riches et étendus.

    Après quelques essais négatifs - les galeries, mal calculées, aboutissent au-dessus des chantiers à dénoyer -d’importantes galeries seront tracées comme celle de Barbelo (Nouvelle Carthage) longue de 2 250 m ou encore celle de Mazzaron (2000 m).

    L’écoulement des eaux se faisait, soit sur toute la largeur de la galerie (les mineurs y pataugeaient dans l’eau) soit par l’intermédiaire de rigoles profondes d’environ 25 cm. Ces dernières étaient taillées dans le mur (sol) de la galerie, le plus souvent contre l’un des parements.

    Dans certaines mines (Rio Tinto) la rigole se trouvait en plein milieu de la galerie. Elle était alors recouverte de dalles en pierre, selon le principe des pas japonais. 

 

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

LA PREPARATION DES MINERAIS DE FER D’ALTERATION - LE PATOUILLET, UNE MACHINE HYDRAULIQUE A DEBOURBER

Hélène MORIN-HAMON

 

​En Franche-Comté et dans les régions limitrophes, l’utilisation du minerai de fer d’altération ou minerai pisolithique dans la sidérurgie a provoqué l'établissement et le développement de nombreux ateliers de préparation. Ces installations ont nécessité la domestication des cours d’eau et la maîtrise de techniques  adaptées pour répondre à la demande en minerai et à la préservation de l’environnement. Dans cette étude il paraît intéressant d’exposer les conditions d’installation de lavage du minerai liées à l’hydraulique et l’évolution technique des mécanismes utilisés.
 

 

Les minerais de fer d’altération ou minerai pisolithique
 

    Les plateaux calcaires des collines préjurassiennes présentent de nombreux gouffres et grottes comblés en partie par des remplissages pisolithiques. Les remplissages karstiques ont été dans leur ensemble abondamment explorés et vidés de leur contenus dès le XVIème siècle.

    Dans le Jura, le secteur de la forêt d’Arne (39) a été intensément fouillé par minières et petits travaux souterrains dès l’Antiquité !
    Les minerais de fer pisolithiques ou minerais « en grains » constituent un important gisement qui s’étend du Nord-Nord-Est au Sud Sud-Ouest du
département de la Haute-Saône, sur une longueur de 60 km et sur une largeur de 28 km. Il occupe, parallèlement à la Saône qui le traverse en son milieu et dans sa plus grande longueur, un sixième de l’arrondisse-ment de Gray et une petite portion de celui de Vesoul. Les fontes de la Saône produisaient un fer extrêmement doux donnant des fils de fer d’une finesse presqu’égale à celle d’un cheveu.
    Ce gisement était évalué à 29 000 hectares de superficie du sol. « Il pourrait fournir au moins 80 millions de tonnes de minerai propre à la fusion dont un sixième environ a été consommé depuis trois siècles. Si la consommation conservait la proportion qu’elle a atteinte dans les dernières années (avant 1835), ce gisement pourrait encore suffire pendant 500 ans ».
    Les gîtes de minerai de fer résultent de l’altération de roches préexistantes avec ou sans remaniement ultérieur. Ces minerais étaient très riches et faciles à exploiter, puisque disséminés en grandes quantités à la surface du sol. Il s’agit d’argiles particulièrement riches en hydroxyde de fer ou limonite
qui existent sous forme de sphérules arrondies de 1 mm à 15 mm de diamètre ou pisolithes noyés dans une argile limoneuse. Dans certains remplissages, ces grains peuvent s’agglutiner en agglomérats plus ou moins cimentés. Deux faciès cohabitent :

 

Le Sidérolithique
    Le minerai de fer sidérolithique constitue un faciès bien individualisé. Ce minerai pisolithique s’est constitué à l’Éocène à partir
d’une pédogénèse complexe et sous des conditions climatiques particulières. Entraînées par les eaux de ruissellement, ces formations se sont petit à petit accumulées dans les fissures naturelles du karst ou dans les dépressions superficielles des plateaux calcaires.
    Ces formations sont essentiellement localisées dans la région de Montbéliard.

Le minerai de fer pisolithique d'âge Plio-Pleistocène
    Le fer pisolithique ou minerai de fer en grains, se localise dans le Crétacé Inférieur et dans le Tertiaire Supérieur. Il se présente
sous forme de strates. Le plus souvent, il occupe les fissures naturelles du karst, dont il colmate les vides.
    Le minerai pisolithique se rencontre sur une grande partie des plateaux de Haute-Saône et à l'Ouest du Jura. Les pisolithes sont
identiques à ceux du minerai sidérolithique. La genèse de leur formation est identique. Seul diffère l’âge de ces formations. Ces altérites proviennent de l’oxydation de débris pyriteux provenant de formations jurassiques et crétacéest. Suivant l’importance des
phénomènes de transport et de sédimentation, le minerai de fer en grains présente des modes de gisements très irréguliers tant par
la qualité du minerai que par l’épaisseur du dépôt. Certains remplissages présentent parfois des épaisseurs considérables de 
plusieurs dizaines de mètres”.
    Dans un mémoire adressé au Régent en 1717, l’Intendant de la Province décrit les différentes espèces de minerais présentes
sur le territoire de la Franche-Comté et lui adresse...

(La suite de l'article dans la revue).

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