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PIERRES ET TERRE 36
L’EAU ET LA MINE
Avec un complément au catalogue des espèces minérales

Ce numéro de Pierres et Terre a pour thème principal celui de l’eau dans l’univers de la mine, qui avait fait l’objet du colloque du Groupe d’Histoire des Mines et de la Métallurgie à L’Alpe d’Huez en 1989.

 

SOMMAIRE

Bernard BOHLY et Gérard PROBST, Le système hydraulique de pompage de la mine Saint-Nicolas à Steinbach (1695-1699)

Pierre FLUCK, Bruno ANCEL et Bernard BOHLY, Les roues hydrauliques dans les mines du Harz du XIVe au XXe siècle

Bruno ANCEL, Pierre FLUCK et Bernard BOHLY, L’économie des eaux motrices dans le Ober Harz

Roger PETIT, L’Erbstollen dans le droit coutumier et dans la législation minière des pays germaniques et alpins de la fin du XIIe siècle à celle du XVIIe siècle

Hélène MORIN-HAMON, La préparation des minerais de fer d’altération

le patouillet, une machine hydraulique à débourber

Denis MORIN, Bernard BOHLY et Michel PY, La laverie du carreau Saint-Georges à Château-Lambert, Haute-Saône

Catherine LAVIER et Georges LAMBERT, Dendrochronologie et mines : l’exemple de Château-Lambert

Jean-Luc HOHL, Compléments au Catalogue des espèces minérales des principaux districts miniers du massif vosgien

Bernard BOHLY et Daniel MARTIN, À propos d’une enclume de forgeron d’époque Renaissance

P&T 36 compr.jpg

Date de publication : juin 1996

151 pages A4

Broché

Nombreuses illustrations en n-b​

Poids : 600 g

Disponible (voir page contact) au prix

de :

10 €

Extrait

Le système hydraulique de pompage de la Mine Saint Nicolas à Steinbach (1695-1699)

 

Bernard BOHLY et Gérard PROBST

    L’étude de l'exhaure, qui peut être défini comme l'ensemble des solutions apportées au problème de l'accumulation des eaux dans les travaux miniers, présente un intérêt tout particulier : en effet l'évolution des techniques d'exhaure a fortement conditionné l'histoire de l'activité minière. Le traçage de galerie d'écoulement (allemand : Erbstolle) à partir du XVème siècle, l'emploi de pompes à bras et surtout de systèmes hydrauliques de pompage (allemand : Wasserkunst) à partir du début du XVIème siècle ont été parmi les facteurs essentiels de 1'essor de l'exploitation minière dans les Vosges à la Renaissance.

 

Le système hydraulique de pompage, composé d'une roue hydraulique animant une ou plusieurs pompes, constitue le moyen le plus élaboré et le plus performant pour assurer l'exhaure dans les travaux profonds, mais son coût de fabrication et d'entretien le réservait aux mines les plus productives. L'exceptionnelle richesse de la documentation, tant iconographique qu'archivistique, relative à plusieurs de ces « machineries » fonctionnant dans le sud des Vosges du XVIème au XVIIème siècles nous a permis de présenter leur structure, de montrer leur diversité et surtout, de suivre l'évolution de certaines d'entre elles. D'une manière générale nous avons constaté la perfection de ces systèmes dès la fin du XVIème siècle au plus tard, expliquant la grande stabilité de leur conception jusqu'au XIXème siècle, époque de I'utilisation de la machine à vapeur comme force motrice. La seule évolution concerne les pompes elles-mêmes, dont les dimensions et donc la puissance s'accroissent au cours du XVième siècle. La qualification des constructeurs se manifeste surtout par l'organisation d'ensemble adaptée à chaque cas particulier et surtout, évoluant en fonction des besoins et des contraintes nouvelles.

L’étude de deux comptes (106 et 25 pages) accompagnés de dessins au crayon et retraçant semaine par semaine pendant près de cinq ans les travaux de reprise de la mine Saint Nicolas à STEINBACH (Haut-Rhin) nous livre une foule de détails sur la mise en place d'un système hydraulique de pompage. Ils vont nous permettre d'évoquer et de quantifier de multiples aspects tels que sa structure, les problèmes posés par son entretien, les coûts de fabrication et de fonctionnement. Les questions délicates de l'origine de la compétence des fabricants et de la spécialisation du personnel affecté à son fonctionnement pourront être abordés. Enfin la confrontation avec les données livrées par la prospection sur le terrain complétera l'image que nous nous faisons de ce système hydraulique de pompage.

Mots-clés : filons, plombo-zincifère, galène, blende, chalcopyrite, barytine, quartz, fluorine, Giromagny, guerre de Trente Ans, plomb d'affinage, maître d'engin, Radestoub, cors de cuivre, roue hydraulique, Zugstanq, train de perches, valtz, terrière, satz, colme, Silberthal, déchargeoir, plattons, chenaux, canal d’amenée, cambouin, zuystanq, horne, houteman, ziurerie…

Extrait

LES ROUES HYDRAULIQUES DANS LES MINES DU HARZ DU XIVe AU XXe SIECLE

Pierre FLUCK, Bruno ANCEL et Bernard BOHLY

    Cette contribution n’apporte pas d'éléments nouveaux à la recherche fondamentale. Elle n’a d’autre prétention que de condenser un aspect attachant de l’histoire des techniques dans une région-phare sans doute insuffisamment connue des  chercheurs français. Elle résulte d’une légère compilation bibliographique assortie d’un voyage d’étude. Pour la terminologie des termes techniques nous ferons usage, dans le développement qui suit, du vocabulaire allemand qui n’a pas toujours d’équivalent français, et permet d’éviter ainsi l’usage de périphrases. 
   La communication de B. ANCEL et al. nous a introduit dans la problématique des systèmes de collection des eaux motrices. Nous évoquerons à présent leur devenir, c’est à dire les diverses utilisations de cette énergie dans l’industrie extractive.

 

1. LES PREOCCUPATIONS PERMANENTES DES MINEURS DU HARZ

 

    Le Harz occidental est un plateau d’altitude modeste (600 m) entaillé de vallées peu échancrées : la dénivellation n’est que de 160 mètres entre Clausthal-Zellerfeld (en position de plateau), le plus gros centre de l’activité minière, et Wildemann où débouchent les premières grandes galeries d’exhaure. Dans un rayon plus éloigné, le Tiefer Georg Stollen (1777-1799) long de 18,5 km a permis de gagner 90 mètres en hauteur d’exhaure, le Ernst August Stollen (1851-1864), long de 26 km dont 14,5 pour le segment  principal, 110 mètres supplémentaires. Cette faiblesse du relief, jointe à l'abondance des précipitations (actuelle-ment 1400 à 1700 mm/an) et à la constance des gîtes en profondeur (les puits atteignent 900 m à 1000 m), tous trois facteurs naturels, expliquent l’acuité des problèmes de l’épuisement des eaux. 

    Cette même importance des gîtes est à l’origine d’un développement considérable des travaux en profondeur, malgré une zonalité verticale de la minéralisation à priori peu favorable : la galène dominante qui apparaît en effet sous les zones enrichies en
argent, est elle-même relayée en profondeur par la blende (cette dernière cependant n’intéressant que les exploitants des XIXe et XXe siècles, on peut considérer la nature comme bien faite à ce titre). Ce développement a son corollaire : l'importance accrue des problèmes d’extraction et de circulation verticale. L'objet de cette contribution est de recenser les solutions apportées à ces questions.

2. LES SOURCES D’ENERGIE

    Les sources d’énergie en usage dans le Harz ont été :

- la force de l’homme (treuils à bras, pompes à bras...),

- le cheval, généralement dans des manèges au jour («Geipel») coiffés d’un toit conique, pour assurer l’extraction, c’est-à-dire la remontée des tonnes pleines ; ces manèges marquèrent jusqu’à la fin du XIXe siècle le paysage minier du Harz,

- l’eau, objet de ce développement,
- le vent : Gottfried Wilhelm Leibnitz, dans les années 1679 à 1685, tenta de l’utiliser pour l’exhaure ou plutôt pour la remontée d’eaux motrices, mais la technologie élaborée n’a jamais été au point ; auparavant (par exemple à la mine Schreibfeder sur le filon de Zellerfeld que nous décrirons plus loin), on utilisa des machines à vent pour les besoins de l’extraction,

- l'électricité, après 1900. 


   À noter que la vapeur ne paraît pas avoir été utilisée, du moins de façon marquante, dans les travaux miniers du Harz, très  certainement du fait que toute cette région minière était équipée d’infrastructures hydrauliques lourdes alors proches de la perfection. Parmi ces sources, l’eau joue le premier rôle. Cette eau, dite motrice, est collectée dans de petits cours d’eau de plateau, acheminée
par un réseau de canaux, stockée dans des étangs. Ces dispositifs, pour complexes qu’ils soient, n’étaient cependant jamais totalement satisfaisants. Aux premiers temps, lorsque les étangs artificiels étaient encore peu nombreux, et que les canaux n’offraient
que peu de tronçons souterrains, il arrivait que le gel bloquât l'ensemble du système, entraînant la paralysie des mines, des bocards et des fonderies. La sécheresse était l’autre écueil. Il arrivait ainsi que l’activité ait été limitée à quelques mois dans l’année.

    Le vecteur presque unique de l'énergie hydraulique est la roue ; le parc de roues des mines ou Harz est considérable : 76 roues souterraines par exemple en 1866. Celles que nous avons eu le loisir d’inventorier (par la bibliographie ou à l’occasion d’un voyage d’étude) sont systématiquement des roues à augets, l’eau étant amenée par le dessus au moyen d’un coursier.

3. LES DIFFERENTS TYPES DE ROUES

    On peut distinguer :
- La roue à augets simples ou Kunstrad. Le diamètre de ces roues est généralement de 6 à 8 metres dans le Harz pour les périodes
anciennes ; il ne dépasse 8 mètres qu’à la fin du XVIIe siècle. Pour le massif de Bohême cependant, Mathesius signale une roue de 6  toises (12 mètres ?) à Joachimstahl en 1564. 
- La roue à augets à sens de rotation réversible ou Kehrrad, dont la couronne est faite de deux moitiés accolées qui diffèrent par le sens d’inclinaison des augets. Le diamètre de telles roues peut atteindre 11 mètres. Elles sont systématiquement couplées à un tambour d'enroulement et à un frein (disque en bois d’environ 3 mètres de diamètre, contre lequel vient s'appliquer une poutre), l’ensemble du dispositif étant appelé baritel à eau. Données techniques de D’Aubuisson pour les roues de Freiberg au début du XIXe siècle : diamètre 6,60 m à 11 m, largeur intérieure des augets 0,43 m à 0,50 m, largeur totale 1,10 m à 1,90 m, diamètre du tambour 1,30 m à 1,60 m. Baritel du puits dit Serenissimorum-Tiefsten-Schacht à Goslar (v. plus loin) : diamètre de la roue 8,64 m,
largeur intérieure des augets 0,58 m, nombre d’augets 80, capacité d’un auget 25 I, diamètre du tambour 2,62 m, sa longueur 1,16 m, débit 45 à 113 [/s. Dans le cas...

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

L'ECONOMIE DES EAUX MOTRICES DANS LE OBER HARZ

Bruno ANCEL (1), Pierre FLUCK (2) & Bernard BOHLY (2)
(1) C.C.S.T.I. - 05120 L’Argentière La Bessée
(2) Fédération Patrimoine Minier - 4 rue Weisgerber 68160 Sainte-Marie-aux-Mines


    Avec 72 étangs et 150 kilomètres de canaux alimentant plus d’une centaines de roues motrices en surface et sous terre, le
système hydraulique du Ober Harz peut être considéré comme l’une des plus spectaculaires applications du génie humain  dans l’art de l’extrac-tion des métaux. Un tel aménagement a été l’un des facteurs du succès et de la notoriété des mines du  Ober Harz durant plus de 3 siècles. Il a profondement marqué le paysage de cette région, et aujourd’hui encore il constitue  une attraction touristique majeure. La présente étude n’a pas d’autre prétention que d’établir une synthèse bibliographique sur les principales caractéristiques techniques et historiques de cet aménagement hydraulique. Elle s’appuie sur les travaux récents de NIETZEL (1983) et WILKE (1988) qui décrivent sommairement les différents systèmes d’étangs et de canaux à partir des données du terrain et sur la base de documents techniques anciens : DUMREICHER (1866), KERL (1823), STELZNER (1788 et 1797). Nous avons également consulté la synthèse géologique et historique de BUSCHENDORF (1971), et surtout analysé les documents iconographiques anciens : DUMREICHER (1866), HERON DE VILLEFOSSE (1810), LINDENMAIER (1680),  anonyme (1673), Adam ILLING (1661), Daniel FLACH (1661) et Zacharias KOCH (1606).

 

1. LES FILONS DU OBER HARZ

 

    Le Harz est un petit massif montagneux à la frontière des deux Allemagnes, partagé entre les régions du Hanovre et du Brunswick, sur la rive droite du Weser. Magnifique chaos de granites dénudés et sauvages, théatre de nombreuses légendes germaniques, ce massif culmine au Broken (1140 m) du côté est, et au Bruchberg (980 m) du côté ouest. Il renferme de nombreux gîtes polymétalliques à plomb, argent et cuivre, notamment à Goslar (mines du Rammelsberg), à Andréasberg et dans la région des villes minières de Clausthal, Zellerfeld, Wildemann, Lautenthal et Grund (complexe filonien du Ober Harz).
    Le Ober Harz présente un champ filonien long de 15 km et large de 12 km qui comprend 9 branches principales de direction moyenne N 100 (fig. 1). Elles sont du Nord vers le Sud : les Lauthenthaler, Hannenkleer et Bockwieser Gangzug aux environs de Lauthenthal : les Spiegelthaler et Haus-Herzberger Gangzug au nord de Wildemann et de Zellerfeld : les spectaculaires Stuffenthaler et Burgstätter Gangzug exploités sur une longueur de 7 km et jusqu’à 900 m de profondeur sous Zellerfeld (fig. 2) ; le Rosenhüfer
Gangzug à l’ouest de Clausthal ; et le Silbernaaler Gangzug près de Grund. Leur minéralisation est principale-ment de la galène
contenant environ 0,05 % d’argent et jusqu’à 4 % d’antimoine. Ces filons affleurent dans une région de plateaux vers 550 à 600 m
d’altitude, entaillés par des vallées peu prononcées. Aussi l’extraction par tirage vertical y a été privilégiée et l’on dénombre près de 300 puits profonds de plusieurs centaines de mètres. Pour faciliter l’exhaure, des galeries de plusieurs kilomètres de longueur ont été
percées à partir des points les plus bas, notamment Wildemann et Grund.


2. LES EXPLOITATIONS MINIERES

 

Les aménagements hydrauliques qui nous intéressent sont situés dans la région de Clausthal, Zellerfeld et Wildemann (filons Stuffenthaler, Burgstätter et Rosenhöfer). Les travaux archéologiques les plus récents y font remonter jusqu’au IIIe s. les débuts de l'exploitation minière laquelle a très certainement concerné la crête des filons. Au XVIe s. l’exploitation semble s’intensifier alors que
les villes minières sont fondées (Wildemann en 1529, Zellerfeld en 1530, Clausthal en 1554). De longues galeries d’exhaure sont
commencées, et certaines d’entre-elles ne seront terminées qu’au XVIIIe s. : la Tiefe Wildemanns Stollen ou 13 Lachter Stollen en 1524, la 16 Lachter Stollen et la Frankenscharner Stollen en 1548, la Obere Wildemänner Stollen ou 19 Lachter Stollen en 1551, la Fursten Stollen en 1554, la Tiefe Raben Stollen en 1573 (ces deux dernières drainent le Rosenhofer Zug). Il peut paraître surprenant de constater que de ces longues galeries, la plus profonde est aussi la plus ancienne. En effet, la 13 Lachter Stollen va drainer jusqu’à la fin du XVIIe s. l’ensemble du filon principal (Stuffenthaler etBurgstätter Gangzug). Elle s’ouvre en aval de Wildemann, vers 380 m d’altitude et semble avoir été creusée en premier lieu pour venir en aide aux travaux les plus anciens et les plus profonds situés en amont de Wildemann.

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

L'ERSTOLLEN DANS LE DROIT COUTUMIER ET DANS LA LEGISLATION MINIERE DES PAYS GERMANIQUES ET ALPINS DE LA FIN DU XIIIe SIECLE A CELLE DU XVIIe SIECLE

Roger PETIT

PAULUS NIAVIS - 1490

L’eau est ce que le mineur exècre le plus.


ABRAHAM VON SCHÖNBERG - 1693
Die Erbstollen - Herz und Schüssel des Gebirges... die dem Bergwerk die meiste Fortsetzung geben... und die schönste Kunst auf dem Bergwerke sind.

(Tradition minière des 16° et 17° siècles)

Les galeries d'écoulement - coeur et clés de la montagne qui donnent à la mine sa plus grande extension... et qui en sont les plus belles machines d’épuisement.


1. Aperçu sommaire des moyens d’exhaure mis en oeuvre par les Anciens.
2. L’Erbstollen - galerie ou travers-banc d’écoulement des eaux. Son rôle, son importance, ses limites.
3. L’Erbstollen dans le droit coutumier et dans la législation minière des pays germaniques et alpins de la fin du 13e siècle à celle du 17e siècle.

4. La législation minière dans les pays alpins et dans les Vosges.
5. Le chant du cygne des Erbstollen.
6. Bergordnungen - Règlements miniers.

 

1.1. Mines antiques étrusques grecques et romaines
    Dès l’Antiquité, les mineurs se trouvèrent confrontés à un problème majeur, celui des venues d’eau et de l’envahissement des travaux miniers par celles-ci.

 

​    De nombreuses exploitations minières riches et prospères durent être abandonnées, les moyens techniques disponibles pour maîtriser ces eaux étaient soit quasi-inexistants, soit insuffisants ou alors trop onéreux pour être mis en oeuvre.

    L’exhaure (évacuation des eaux) devient rapidement l’une des préoccupations majeures des exploitants des mines antiques.

    Les moyens les plus divers furent employés, allant de l’exhaure manuel à l’aide de seaux ou d’outres en cuir portées hors de la mine par une main d’oeuvre nombreuse (mines préhistoriques de Mitterberg, près de Salzbourg en Autriche) ou encore par l’intermédiaire de paniers en alpha imprégnés de poix et rendu ainsi étanches, remontés au jour à l’aide de treuils à main (Carthagène).  Des seaux en cuivre (Italie, Espagne) ou en bois (Portugal) servirent au même usage.

    Plus élaborées, les pompes à bras, vis d’Archimède (Diodore les cite) norias de seaux en cuivre (cités par Vitruve et retrouvés à Sotile Coranada et à Montevecchio) ainsi que les pompes aspirantes et foulantes (citées par Pline l’ Ancien) firent considérablement avancer les techniques d’exhaure de l’époque.

    Les grandes roues élévatrices (Vitruve - Strabon - Pline l’Ancien) utilisées en agriculture furent introduites très tôt dans certains centres miniers antiques d’Espagne, d’Angleterre et de Dacie.

    Le diamètre des roues retrouvées - une bonne centaine - dans d’anciennes mines varie de 3 à 4,5 m, exceptionnellement 6 m.

    Les roues en bois, mises en mouvement par des ouvriers, poussant ou tirant les rayons reliant, de chaque côté, la roue à son axe, puisaient, par l'intermédiaire d’une double rangée de pales fixées sur toute la périphérie de la roue, les eaux collectées dans une fosse aménagée à leur partie inférieure. Les eaux étaient ainsi remontées et déversées à la partie supérieure de la roue, dans une conduite qui les acheminait vers la fosse de la roue suivante.

    La hauteur dont les eaux étaient élevées variait entre les 2/3 et 4/5 du diamètre de la roue.

    Pour remonter les eaux de 75 m (Ruda) 25 roues superposées étaient actionnées par des centaines d’ouvriers.

    Tout cela était insuffisant pour dénoyer certaines grandes exploitations minières, malgré les sommes importantes englouties dans l’opération.  

    Il fallait trouver d’autres solutions.

    Les anciens Etrusques, ainsi que les Grecs, ne semblent pas avoir eu recours aux galeries d’écoulement des eaux, ne connaissant ou ne maîtrisant pas cette technique.

    Certains essais faits par les Etrusques échouèrent et ils préférèrent développer leurs exploitations en largeur, sur de grandes surfaces, (Monte Catini - Monte Castelli) étant limités par les eaux en profondeur. Une partie importante des gisements fût ainsi abandonnée.

    Les Grecs, pour leur part, ne descendirent jamais, dans leurs mines du Laurion, plus bas que le niveau de la mer.
    Les mines de Siphnos, elles aussi riches et prospères, furent abandonnées, noyées par les eaux de mer.

    Dans les mines romaines, si on continuait à exploiter les gisements peu importants jusqu’au niveau de la nappe phréatique ; certaines galeries remplissant déjà les fonctions des futurs Erbstollen : drainage des eaux, amélioration de l’aérage, exploration des terrains avec recherche de gisements (et même exploitation de ceux-ci) seront tracées vers les sites miniers riches et étendus.

    Après quelques essais négatifs - les galeries, mal calculées, aboutissent au-dessus des chantiers à dénoyer -d’importantes galeries seront tracées comme celle de Barbelo (Nouvelle Carthage) longue de 2 250 m ou encore celle de Mazzaron (2000 m).

    L’écoulement des eaux se faisait, soit sur toute la largeur de la galerie (les mineurs y pataugeaient dans l’eau) soit par l’intermédiaire de rigoles profondes d’environ 25 cm. Ces dernières étaient taillées dans le mur (sol) de la galerie, le plus souvent contre l’un des parements.

    Dans certaines mines (Rio Tinto) la rigole se trouvait en plein milieu de la galerie. Elle était alors recouverte de dalles en pierre, selon le principe des pas japonais. 

 

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

LA PREPARATION DES MINERAIS DE FER D’ALTERATION - LE PATOUILLET, UNE MACHINE HYDRAULIQUE A DEBOURBER

Hélène MORIN-HAMON

 

​En Franche-Comté et dans les régions limitrophes, l’utilisation du minerai de fer d’altération ou minerai pisolithique dans la sidérurgie a provoqué l'établissement et le développement de nombreux ateliers de préparation. Ces installations ont nécessité la domestication des cours d’eau et la maîtrise de techniques  adaptées pour répondre à la demande en minerai et à la préservation de l’environnement. Dans cette étude il paraît intéressant d’exposer les conditions d’installation de lavage du minerai liées à l’hydraulique et l’évolution technique des mécanismes utilisés.
 

 

Les minerais de fer d’altération ou minerai pisolithique
 

    Les plateaux calcaires des collines préjurassiennes présentent de nombreux gouffres et grottes comblés en partie par des remplissages pisolithiques. Les remplissages karstiques ont été dans leur ensemble abondamment explorés et vidés de leur contenus dès le XVIème siècle.

    Dans le Jura, le secteur de la forêt d’Arne (39) a été intensément fouillé par minières et petits travaux souterrains dès l’Antiquité !
    Les minerais de fer pisolithiques ou minerais « en grains » constituent un important gisement qui s’étend du Nord-Nord-Est au Sud Sud-Ouest du
département de la Haute-Saône, sur une longueur de 60 km et sur une largeur de 28 km. Il occupe, parallèlement à la Saône qui le traverse en son milieu et dans sa plus grande longueur, un sixième de l’arrondisse-ment de Gray et une petite portion de celui de Vesoul. Les fontes de la Saône produisaient un fer extrêmement doux donnant des fils de fer d’une finesse presqu’égale à celle d’un cheveu.
    Ce gisement était évalué à 29 000 hectares de superficie du sol. « Il pourrait fournir au moins 80 millions de tonnes de minerai propre à la fusion dont un sixième environ a été consommé depuis trois siècles. Si la consommation conservait la proportion qu’elle a atteinte dans les dernières années (avant 1835), ce gisement pourrait encore suffire pendant 500 ans ».
    Les gîtes de minerai de fer résultent de l’altération de roches préexistantes avec ou sans remaniement ultérieur. Ces minerais étaient très riches et faciles à exploiter, puisque disséminés en grandes quantités à la surface du sol. Il s’agit d’argiles particulièrement riches en hydroxyde de fer ou limonite
qui existent sous forme de sphérules arrondies de 1 mm à 15 mm de diamètre ou pisolithes noyés dans une argile limoneuse. Dans certains remplissages, ces grains peuvent s’agglutiner en agglomérats plus ou moins cimentés. Deux faciès cohabitent :

 

Le Sidérolithique
    Le minerai de fer sidérolithique constitue un faciès bien individualisé. Ce minerai pisolithique s’est constitué à l’Éocène à partir
d’une pédogénèse complexe et sous des conditions climatiques particulières. Entraînées par les eaux de ruissellement, ces formations se sont petit à petit accumulées dans les fissures naturelles du karst ou dans les dépressions superficielles des plateaux calcaires.
    Ces formations sont essentiellement localisées dans la région de Montbéliard.

Le minerai de fer pisolithique d'âge Plio-Pleistocène
    Le fer pisolithique ou minerai de fer en grains, se localise dans le Crétacé Inférieur et dans le Tertiaire Supérieur. Il se présente
sous forme de strates. Le plus souvent, il occupe les fissures naturelles du karst, dont il colmate les vides.
    Le minerai pisolithique se rencontre sur une grande partie des plateaux de Haute-Saône et à l'Ouest du Jura. Les pisolithes sont
identiques à ceux du minerai sidérolithique. La genèse de leur formation est identique. Seul diffère l’âge de ces formations. Ces altérites proviennent de l’oxydation de débris pyriteux provenant de formations jurassiques et crétacéest. Suivant l’importance des
phénomènes de transport et de sédimentation, le minerai de fer en grains présente des modes de gisements très irréguliers tant par
la qualité du minerai que par l’épaisseur du dépôt. Certains remplissages présentent parfois des épaisseurs considérables de 
plusieurs dizaines de mètres”.
    Dans un mémoire adressé au Régent en 1717, l’Intendant de la Province décrit les différentes espèces de minerais présentes
sur le territoire de la Franche-Comté et lui adresse...

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

LA LAVERIE DU CARREAU SAINT GEORGES A CHATEAU-LAMBERT - HAUTE-SAONE
(XVIe-XVIIe SIECLE)


Fouille de sauvetage​
 

Denis MORIN, Bernard BOHLY et Michel PY
 

 

Programme H-03 Mines de Franche-Comté

    Les pluies torrentielles qui se sont abattues en 1990 à Château-Lambert, ont profondément raviné une partie des haldes de la mine Saint-
Georges localisées en amont du musée de la Montagne A. Demard. Ces inondations ont mis au jour et détruit partiellement plusieurs structures en bois.
Une fouille archéologique de sauvetage fut conduite en mai 1991 afin de prévenir une nouvelle détérioration du site par les crues.

1. CONTEXTE ARCHEOLOGIQUE

    Les haldes du carreau Saint-Georges, (Coordonnées Lambert - Carte topographique I.G.N. au 1/25 000e Giromagny 3-4/x=930,7 / y=2326,81 / z=700 m) sont situées entre la route stratégique du Ballon de Servance et le village de Château-Lambert (Fig.1). Le travers-banc Saint Georges, aujourd’hui obstrué, avait été percé 70 m au-dessus du niveau 0 actuelpour l’exhaure des eaux de pompage de la mine et l’évacuation du minerai et des stériles rejetés dans la pente. Ces déblais furent en partie exploités en 1938 par M. Gamichon pour en extraire du molybdène. Quelques centaines de tonnes furent ainsi traitées avec une récupération moyenne de 1,2 kg Mo à 2 kg Cu par tonne. Ces travaux ont affecté la base des haldes, à l’emplacementde la fouille. Il semble sur ce plan que l’extraction ait préservé les structures au niveau de la première plate-forme (Fig.2).

    Les haldes concernées par la fouille correspondent à l’extraction du filon principal de Château-Lambert. Ce filon de direction Nord-Ouest / Sud-Est, incliné de 35 à 45 degrés vers le Sud-Ouest, a été exploité à grande échelle pour le cuivre de 1592 jusqu’à
la fin du XVIIe siècle.

    La production consistait en batterie de cuivre utilisée en chaudronnerie ou dans la construction navale. Une société privée exploitait le filon sur le versant comtois, les Ducs de Lorraine sur l’autre. Les textes font état de nombreux conflits entre mineurs lorrains et comtois au coeur même de la mine. Dans ce contexte, la surenchère, et le souci d’assurer la mainmise sur les concessions amenèrent Philippe II à permettre aux mineurs de s’installer sur place avec de multiples privilèges dès 1591.
    Les travaux miniers se sont développés sur un allongement de 300 m et le filon a été intégralement dépilé de la cote 685 (niveau 0) jusqu’à la cote 840 où il affleure en ligne de crête, soit sur une hauteur d’environ 200 m suivant le pendage. Le filon est encaissé dans un petit massif de syénodiorite, affleurant sur plusieurs kilomètres carrés. (Carte géologique B.R.G.M. 1/50 000e Giromagny XXXV-20).
    Le volume des roches accumulées, constituant la halde principale, est évalué à près de 45 000 tonnes à 0,2 % de Molybdène
et 0,7 % de cuivre (évaluation de 1934). Visibles au-dessus du village de Château-Lambert, parce que la végétation ne les a pas
recouvertes, elles attestent de l’importance des dépilages souterrains qui affectent le coeur de la montagne proche.

2. LES SOURCES (Bernard BOHLY)

 Pour connaître la configuration des installations de lavage du minerai de cuivre à Châ-teau-Lambert, nous disposons de plusieurs rapports de visite et de quatre inventaires et descriptions des mines. Les sources écrites concernant la laverie proviennent des Archives Départementales du Doubs à Besançon, (ADD) Série B 582, folio 535. L’occupation peut se résumer comme suit : 


Août 1591, l'exploitation vient de démarrer. Six ouvriers sont au travail et aucune instal-lation n’est encore construite. La laverie n’existe pas. 


Décembre 1592, la fonderie fonctionne déjà. Devant la mine, on parle du « lieu où l’on sépare la mine ». Deux jeunes garçons y
travaillent. Il est probable que le lavage se faisait à cet endroit sans installation spécifique.


Octobre 1606, les opérations de traitement avant la fonte sont citées : scheidage, glovage, bocquages, criblage, lavage. Elles sont
apparemment effectuées par le mineur ou sous sa responsabilité ; aucune installation n’est décrite.


    Dans l'inventaire et la description de 1633, la laverie est bien localisée. Elle est située sur le carreau de la mine Saint-Georges,
à l’embouchure de la «stolle» (galerie) et devant l'entrée du «grand poësle» (la maison du poêle). Une description précise des installations en confirme l’existence :

 

«avons visité la laverie..et recogneu que les cuves de sapin en nombre d’onze sont ja fort vielles, et les chenées qui conduisent les eaux pour laver sont aussi fort usées, le tout estant à découvert au lieu que l’on nous a dict que l’on y travaillait à couvert. Le canal en bois de sappin servant à jeter la carmasse dez le dessus de la montagne pour les pillottes est tout rompu.
Et les chenées de bois estant de l’autre côté à la descente de l’eau qui va sur led. pillottes sont aussi fort vieilles.»

 

    La halde était traversée par un système de «canaux» en bois, destinés au transport de l’eau et du minerai.
    L’inventaire et la description de 1648 sont plus précis. Depuis 1633, les mines sont affermées à des amodiateurs qui paient un «canon» annuel, leur donnant la jouissance de toutes les installations et outils servant à tirer, piller, et fondre la mine, ainsi que des bois destinés et réservés à l’usage de l’exploitation... A la fin de leur «ferme», ils doivent rendre ces installations «en mesme bonté et valeur qu'ils leur auront estés laissées à l’entrée d’icelle ou bien en payeront la moinvalue, ce qui implique un entretien soigneux et constant». Pour que cette clause puisse prendre effet, au début de chaque bail une visite des bâtiments et de la mine est faite par des commis du Parlement, accompagnés des anciens et des nouveaux fermiers. C’est dans cet inventaire daté du 18 au 22 mars 1648 que se trouve la description sommaire des laveries ; cette fois la laverie n’est pas localisée, mais il est probable qu’elle soit toujours à la même place ; elle est en meilleur état que la fois précédente :

 

«Dans la laverie des mines, qui est un petit couvert d’une douzaine et demie d’ais avec un théatre . Devant, est placé une cuve en bois appelée sapine. (Le minerai est lavé à l’aide de tamis) qui est a devant, nous avons vu, tant au dedans qu'aux environs,treize cuves de sapin, toutes bonnes, ainsi que le couvert et le théatre


«En descendant plus bas, nous sommes entrés dans le bâtiment des pillottes, lequel est en bon état, hormis la couverture
qui est usée. Le battaillement qui supporte l’arbre de la roue qui fait aller lesdites pilottes est en très bon état et tout neuf,
ainsi que la roue et les pilottes* : le hap qui sert à laver la mine, le théatre qui y est et le crible de fil de fer sont tous en bon état : le crible a été estimé huit francs. Au sortir du bâtiment il y a encore un lavoir où on lave la mine des hallages, à la couverture duquel il manque encore une demi douzaine d’ais de sapin, taxé deux francs.»

​​​

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

DENDROCHRONOLOGIE ET MINES : L'EXEMPLE DE CHATEAU-LAMBERT, COMMUNE LE HAUT DU THEM (70)

LAVIER Catherine, LAMBERT Georges

Laboratoire de Chrono-Ecologie
U.MR. C.NRS./Université de Franche-Comté
U.FR. Sciences
16 Route de Gray
25030 Besançon cedex


   Dans le cadre de nos recherches en dendrochronologie sur le territoire français, nous avons été amenés à définir des zones biogéographiques pour pouvoir constituer des référentiels chronologiques représentant chacun de ces espaces.
    Grâce à eux, il est alors possible d’effectuer des analyses dendrochronologiques visant d’abord à dater les bois archéologiques, de bâti, mobiliers,… puis de les replacer dans le contexte de la fouille, de l’étude architecturale... de préciser la reconstitution du type d’abattage et du débitage des troncs, du nombre d'arbres utilisés, d’estimer la surface déboisée et surtout de situer l’origine géographique des arbres. Des études en cours montrent qu’il est possible de définir les différents versants de provenance de bois pour une même forêt à condition de coupler ce travail avec des analyses sur les forêts actuelles.

    Une autre voie s’ouvre actuellement dans le domaine de la climatologie d’une part pour la reconstitution du climat passé et d’autre part pour les prévisions à long terme. Ces analyses sont effectuées en complémentarité avec d’autres disciplines telles que la palynologie ou la sédimentologie. Là aussi le nombre d’arbres analysés est primordial.
    A partir des simples données de largeurs des cernes, le dendrochronologue est donc capable, dans les meilleures conditions de fournir tous ces éléments à l’Historien ou l’ Archéologue.
    Pour ce faire, il est indispensable de «construire» des chronologies par zones «écologiques» et par genre végétal.
Ainsi le Sapin blanc (Abies alba) dispose-t-il d’une chronologie pour les résineux, de même que le chêne (Quercus sp.), le frêne (Fraxinus sp.), le hêtre (Fagus silvatica), le tilleul (Tilia sp.),.… pour les feuillus.
    L'unique exigence est donc de disposer d’assez de bois pour établir ces «étalons». Tous les bois qui nous sont confiés ne sont
pas aptes à figurer dans ces chronologies. Les conditions d’accès sont assez draconniennes (grand nombre de bois par site, grand
nombre de cernes par bois entre autres) et beaucoup de bois sont éliminés.

   En résumé le nombre de bois fait à lui seul la différence dans la qualité des résultats et dans le nombre d’informations que
l’on peut apporter dans l’étude d’un site.

    Il se trouve que très peu de sites archéologiques et historiques peuvent se prévaloir d’études quasi-exhaustives permettant
la plus grande compréhension possible du site et de sa transposition à d’autres sites ne pouvant pas être totalement fouillés
(fouilles d’urgence, peu de matériel... par exemple).
    Parmi les sites qui contribuent actuellement le plus à l’apport dans leur domaine, citons l’approche multidisciplinaire sur les fouilles des stations néolithiques de Chalain (39), de Châlon-sur-Saône (71) pour l’Age du Bronze, d’un site gallo-romain à Tours (37) ou encore du site de l’ An Mil de Colletière à Charavines (38), des cathédrales de Notre-Dame-de-Paris (75), Meaux (77), …
    Il ne manque donc qu’un aspect de l’Histoire : celui des mines et parmi les études que nous menons sur les mines françaises, celles des Vosges sont particulièrement riches en informations de toutes sortes.
    A ce jour une dizaine de sites miniers du Grand Est de la France ont fait l’objet d’études plus ou moins avancées dans notre
discipline comme ceux de Château-Lambert (70) ou de Sainte-Marie-aux-Mines (67) parmi les plus connus.

    Malheureusement, jusqu’à cette date, la majorité des sites ne possèdaient que de UN à QUELQUES bois par galerie pas toujours
en place d’ailleurs, et ne permettant généralement que de donner une des phases de l’exploitation de la galerie. Divers sites ont en effet été exploités du Moyen-Age jusqu’à la dernière guerre mondiale. Il est très difficile de dater l’utilisation des différentes galeries, notamment à cause des vestiges restants (pointerolles,.….) qui ont souvent été employés sur de longues périodes. Aussi les archéologues se sont-ils interéssés aux bois servants d’étais de galeries (sapin en majorité), à certains outils (batées, échelles...) (Figure 1) ou encore aux laveries des minerais extraits (cf. figure 16 de l’article de D. Morin - La laverie du carreau Saint-Georges).
    En ce qui concerne Château-Lambert une étroite collaboration a été entreprise depuis les années 90 avec les Archéologues-Miniers (équipe «Denis Morin») dans le cadre des études de bois contenus dans les galeries des mines de métal de Haute-Saône
(Lambert, Lavier 1989, 1991a, 1991b).

    Rappelons succintement le principe de la méthode en prenant exemple sur un échantillon de sapin (ci-contre). L’échantillon se prélève de différentes manières suivant le contexte : par tronçonnage ou sciage (charpente démontée pour les bois secs ou ici, sur les étais, les échelles), par carottage (cas des charpentes de bois secs en place - non valable sur les bois humides) ou encore par ramassage (morceaux d’outils, de batées,... aux fond des galeries). La seconde phase consiste en la préparation de la surface transversale du bois afin de faire apparaître les cernes annuels de croissance soit par ponçage pour un bois sec, soit à l’aide d’une lame de rasoir pour les bois gorgés d’eau. L’échantillon est alors placé sous une binoculaire reliée à une caméra qui couple l’image de celle-ci avec celle d’un ordinateur  permettant ainsi à l'opérateur de mesurer la largeur de chaque cerne observé. A la fin des mesures, l’ordinateur produira un graphe représentant ces largeurs en fonction des années relatives. Chacun des graphes est comparé aux autres par des tests statistiques utilisés par la communauté européenne (t de Student, test de concordance des pentes, W d’Eckstein,. sur des données brutes et des indices) ainsi l'indice E de Besançon, un dérivé de la distance euclidienne..… spécifiquement mis au point par G. Lambert. Une moyenne est alors réalisée en agglomérant tous les graphes qui corrèlent. Cette moyenne est la représentation de la croissance moyenne de ces arbres pour une époque donnée sur une Zone géographique donnée. C’est cette moyenne qui est confrontée à divers référentiels chronologiques par les mêmes tests et les mêmes transformations de données pour obtenir une datation.

    Lorsque les comparaisons sont faites, le dendrochronologue peut donner la date du der-nier cerne mesuré - Remarque : la redondance d’une même date sur plusieurs étalons montre souvent la date recherchée. Son travail ne s’arrête pas là car il manque
souvent le dernier cerne et l’assise cambiale (génératrice de cernes) sous l'écorce qui représente l’année d’abattage de l’arbre. Il lui faut alors estimer la partie manquante en fonction du type d’arbre, de son utilisation,… Lorsque les séquences locales sont datées, on peut les intégrer dans d’autres moyennes régionales et ainsi constituer des références pour une région biogéographique (pour plus de détails voir Lambert et alii, 1988, Lambert, Lavier 1990 et Lambert, Maurice 1992).
    Si le nombre de bois entrés au laboratoire est assez important (plus de 130 échantillons à ce jour pour Château-Lambert),
il n’en est pas de même pour les résultats car la plupart ne sont pas en place et se «promènent» dans les galeries sans grande
chance d’être attribués. On observe d’abord que quatre essences de bois ont été utilisées : sapin blanc (Abiès alba) en
majorité, quelques hêtres (Fagus silvatica) et chênes (Quercus sp.) et enfin l’orme (Ulmus sp.). Parallèlement un tri s’effectue pour
définir les bois potentiellement étudiables : généralement le premier...​​​

 

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

COMPLEMENTS AU CATALOGUE DES ESPECES MINERALES
DES PRINCIPAUX DISTRICTS MINIERS DU MASSIF VOSGIEN

Jean-Luc HOHL


 
 Les auteurs du catalogue, dans leur introduction, remercient tous ceux qui voudront bien signaler leurs déterminations nouvelles. Voici donc quelques observations, augmentées de notes prises à l’occasion d’une revue de la littérature,
afin de les intégrer à un éventuel complément au catalogue.
Elles sont présentées selon l’ordre de succession des localités qui a été adopté par P. Fluck et S. Stein. Un certain nombre de ces observations a
déjà été publié dans «Minéraux et mines du massif vosgien» (19)

Katzenthal - Lembach

Le B.R.G.M. a déterminé un certain nombre d’espèces minérales qui ne figurent pas dans le catalogue et qui ont été mentionnées dans la notice explicative de la carte géologique de Lembach (33, page 76). Il a été mis en évidence, sur des échantillons de chapeaux de fer pris sur les haldes de Froensburg, de Katzenthal et de Windstein, la présence d’argent natif, d’argentite, de covellite et de digénite. Des carottes de sondage ont ramené des
échantillons à gangue quartzobarytique avec, entre autres, de la chalcocite, de la covellite et la greenockite. J. Lougnon avait également mentionné la présence de blende et de galène (28, pages 488, 494, 495). En ce qui concerne la bibliographie, on se demande sur quelles espèces minérales ont porté les «observations inédites» et de quelle manière ces observations ont été réalisées - d’autant plus que les espèces répertoriées avaient déjà été mentionnées dans les publications antérieures. Le terme «observations inédites», souvent repris pour d’autres sites, aurait sans doute mérité davantage de précisions.

Framont - Grandfont

Dans le secteur de la mine Grise, A. Steinmetz a observé des cristaux inférieurs au milli-mètre, de couleur jaune, tapissant de petites cavités, dont
l’aspect évoque celui de la pharmacosidérite mais qui n’ont pas fait l’objet d’analyses. La stibine avait été signalée par A. Lacroix, «dans la mine d’hématite de Terlingoutte à Framont» (25, II, page 455). Ungemach (46, page 233) avait mentionné la présence de francolite (carbonate - apatite).

 

Rothau

A proximité de Rothau et au voisinage de la grotte des Partisans, P. Kuntz a découvert la présence de phénacite en association à l’adulaire, la chlorite,
la fluorine et l’hématite (24) ; ainsi que la présence de bertrandite avec apatite (Basse du Maçon). En 1984, la présence de phénacite avait déjà
été observée par J.F Thomas. La goethite est présente, ainsi que la chalcopyrite.

J. Lougnon avait signalé dans la pyrite au Banwald, des traces de pyrrhotine résiduelle, des inclusions de chalcopyrite avec lamelles de cubanite, ainsi
que des micro-inclusions d’un tellurure (28, page 97). A. Wildersbach, il avait signalé la sidérite et probablement de la ranciéite (28, page 98).

Plaine

Il aurait peut-être été opportun de relever la présence d’or natif dans les grès vosgiens de la vallée de la Plaine - bien que ce gisement n’ait jamais été exploité (27, page 40)

Saint-Nabor

La minéralogie de la carrière a été étudiée par Martin Brolly, de l’association strasbourgeoise des amis de la minéralogie, et a fait l’objet d’une publication en 1994 (4). Les nouvelles espèces minérales décrites sont les suivantes : analcime (ou bien leucite), apophyllite, cuivre gris (probable), datolite, heulandite, jaspe, limonite, sphène, stilbite. La présence de dendrites de manganèse a été signalée, ainsi que celle de dolomie et proba-blement de cuprite (coll. R. Klaeylé).

Dambach - Blienschwiller

Bien que la minéralogie ait considérablement évolué, il n’est pas sans intérêt de rappeler les observations des anciens auteurs. Daubrée avait relevé, au
Kalberhugel, la présence de stibine ou antimoine sulfuré aciculaire (9, page 411). Schoepflin avait rapporté la découverte de fer natif sous forme
capillaire (41, page 13, cel. Grauelio). Mais, contrairement aux observations de Daubrée, les affirmations de ce dernier auteur nécessitent sans doute
d’être considérées avec davantage de circonspection.

Triembach-au-Val

Des échantillons de richelsdorfite provenant du gisement de Triembach ont donné lieu à une étude concernant ce minéral, en comparaison à l’étude  originelle réalisée à partir d'échantillons provenant du Richelsdorffer Gebirge, Hessen. Les propriétés optiques de la richelsdorfite ont ainsi été redéfinies
(5 et 38). D’autres minéraux sont également présents à Triembach : strashimirite, olivénite, chalcophyllite, cornwallite, érythrine, scorodite, chrysocolle (6). La présence de cuprite a été décelée par A. Steinmetz en 1980, soit de façon massive dans la limonite et accompagnée de cuivre gris, soit en octaèdres rouges de taille inférieure au millimètre, recouverts d’un léger voile de malachite . Tout récemment, H. Forner et F. Moreau ont publié une mise au point concernant ce gîte situé sur les pentes du Silberberg, en relevant également la présence de minéraux de cobalt et de bismuth. Ils ont décrit les cristallisations et les paragénèses des minéraux déjà cités plus haut, ainsi que de calcite, barytine, cobaltite, ténorite (mélaconite), brochantite, conichalcite, ainsi que d’un minéral du groupe de la mixite (15 ). Auparavant, J. Lougnon avait mentionné la présence de pharmacolite (28, page 476). Ungemach a mentionné la pyrolusite sous forme de couches d’un noir brillant (45, page 275), tandis que la présence d’atacamite et d’aurichalcite n’a pas été confirmée. Daubrée avait signalé la présence de galène, pour les deux gîtes qu’il localisait à Triembach (9, page 73).

Charbes

Ungemach a signalé la présence de mélantérite à Honilgoutte, sous forme pulvérulente ou...

 

 

(La suite de l'article dans la revue).

Extrait

A PROPOS D’UNE ENCLUME DE FORGERON D’'EPOQUE
RENAISSANCE...

Bernard BOHLY et Daniel MARTIN


 
  Au printemps 1995 a été remis à Daniel Martin, membre de la fédération «Patrimoine Minier» une pièce métallique pesante enrobée dans un amas d’oxydes de fer. Ce don a été fait par un collectionneur de minéraux qui l’aurait trouvé sur une halde de mine du secteur de la Tête du
mineur, dans le vallon de La Madeleine Val des Anges (Territoire de Belfort).
    Un décapage mécanique effectué par Daniel Martin a révélé qu’il s’agissait d’une enclume, remarquablement bien conservée.

DESCRIPTION SOMMAIRE

    Elle est de taille relativement faible, en fer ou en fonte moulée, de forme assez complexe. Le côté arrière est droit et plat alors que les trois autres sont creusés de manière à définir trois parties : la table, le corps et le pied de l’enclume.
    La table légèrement débordante est de forme globalement rectangulaire (35 x 17 cm) avec un côté long à 3 pointes que nous appellerons côté avant. Les deux pointes situées aux angles du «rectangle» ont une face supérieure rabattue par l’usage. La troisième a une forme arrondie. La surface de  la table est concave et porte des traces d’usure en cupule à deux endroits le long du bord arrière. Elle se raccorde au corps par un plan incliné sur les deux faces latérales et par un léger retrait sur la face avant.

    Le corps a une section rectangulaire plus petite (20 x 15,5 cm). Les faces arrières et latérales sont droites alors que la face avant est creusée de deux cavités triangulaires de manière à épouser la forme à trois pointes du bord antérieur de la table.

    Le pied retrouve presque les dimensions de la table (34 x 17 cm) avec un tracé analogue. Sur les faces latérales le raccord avec le corps se fait
par deux petites marches d’escalier. Au centre du bord antérieur la pointe prend une forme carrée de 6 x 6,5 cm formant un robuste pied à la pointe
centrale de la table, dont il déborde de 2 cm. Sur l’arrière, près d’un angle, une cavité arrondie de 3 cm de profondeur semble résulter d’un défaut de fabrication. La face inférieure est concave et porte des traces d’usure, ce qui nous porte à croire qu’elle a également servi de table de frappe. 
    La masse de cette enclume, pesée sur une balance de précision moyenne, est de 55,6 kg.

 

INTERPRETATION

    Etant donné le lieu de sa découverte, sur la halde d’une mine polymétallique, il ne peut s’agir que d’une enclume servant au façonnage de
l’outillage (pointerolles, ferrures de «chiens», seaux...) utilisé pour l’extraction. Elle était associée à un foyer de forge tel que ceux découverts
par la fouille au Silberwald (Munster) ou dans la région de Sainte Marie Aux Mines posée sur un support en bois ou en pierre.
    Ne connaissant ni le lieu précis de la découverte ni, à plus forte raison, le contexte stratigraphique dans lequel gisait cette enclume, nous ne pouvons la dater : les mines sont citées dans le vallon de la goutte Saint Michel depuis les alentours de 1500, jusqu’en 1635 à l’arrivée des troupes du Duc de Lorraine!, ce qui nous donne une fourchette chronologique large.

    Nous ne pouvons que souligner l’intérêt d’une telle pièce dont très peu d’exemplaires antérieurs au XVIIIe s.sont parvenus jusqu’à nous. Elles sont rarement abandonnées, autant en raison du poids du métal que de la valeur que leur confère leur mise en forme”. A notre connaissance aucune des forges pour l’outillage minier qui ont été fouillées dans les Vosges (carreau Samson à Sainte Croix aux Mines, carreau Saint Jean à Fertrupt, Silberwald à Munster...) n’ont livré de telles pièces.

    Le fait qu’elle soit moulée, et donc en fonte qui seule pouvait faire l’objet d’une telle opération au XVIe Siècle, ajoute encore à son intérêt. Elle fera l’objet d’une étude métallographique à l’Institut Polytechnique de Sévenans.

    Si on peut se féliciter que l’inventeur de cette pièce exceptionnelle ait bien voulu nous la remettre, on ne peut que regretter qu’elle ait été extraite sans suivi scientifique de son contexte, ce qui nous prive de précieuses informations.

(Le texte est complet. On retrouvera les illustrations dans la revue).

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